Le gouvernement français fait la publicité de Google, et par là, de leur procédés addictifs, mais c’est soit disant "pour le bien de nos enfants" !
En 2025, est paru un guide, aux allures de document public, pour donner des conseils aux parents pour protéger leurs enfants en ligne, mais c’est en fait une pub pour Google validée par le gouvernement. Et pendant ce temps, le travail constructif d’alerte et d’information citoyenne fait par une autorité indépendante comme la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) n’est pas valorisé par ce même gouvernement. C’est pourtant dans son role de service au public, chargé de protéger nos données personnelles et de veiller au respect de nos droits, que la CNIL avait déjà élaboré un très très bon outil pour les jeunes, FantomApp : outil conçu en totale indépendance de la Big Tech, et réellement utile dans le cadre d’une politique publique pour l’éducation, la jeunesse et la santé mentale. Mais qui semble avoir moins les faveurs des responsables de ce gouvernement…. (Deux figures du gouvernement cautionnent le document Google : la Ministre de la Santé et des Familles, et la Haute-Commissaire à l’Enfance).
Tartufferie ? Incompétence ? Véritable illusion dangereuse de ce monde du « en même temps » qui continue à faire comme si on pouvait promouvoir à la fois les règles et ceux qui font du profit en s’affranchissant des règles ? Encore et toujours. Un nouvel exemple de connivence avec le business prédateur tout en prônant des belles valeurs.
C’est un guide promu par le gouvernement, destiné aux familles, à propos des risques du numérique, conçu « pour offrir des repères simples, des conseils concrets et des outils adaptés à chaque âge », distribué en partenariat avec entre autres l’ARCOM et cybermalveillance.gouv.fr ; et sur le papier, cela paraît une excellente idée.
Parce que les chiffres sont là pour rappeler l'urgence :
Donc oui, un guide pour accompagner les familles, c'est une démarche positive, même nécessaire. Sauf que le problème, c’est que ce guide a en réalité été conçu par Google. Les logos du géant américain du numérique et de ses plateformes (YouTube) s'affichent en grand sur la couverture et la dernière page.
Mais ce n'est pas tout.
Tout au long des 20 pages, les applications de Google sont explicitement recommandées aux lecteurs dans ce guide présenté aux couleurs de la République Française :
Pages 8 et 9 : Family Link et YouTube Kids présentés sous l'intitulé « Mettre en place les bons outils »
Page 10 : YouTube conseillé pour « apprendre quelque chose de nouveau pour l'école »
Page 11 : les chaînes YouTube recommandées pour « apprendre et mieux comprendre le monde »
Page 14 : les adolescents encouragés à utiliser Gemini, l'IA de Google, « pour approfondir leurs connaissances »
Page 17 : les parents invités à cliquer sur un programme de sensibilisation… financé par Google
Ce guide est donc littéralement une publicité pour un géant du numérique dont on sait pourtant que les pratiques sont exactement à l’inverse de ce dont les enfants ont besoin : algorithmes addictifs, pillages des données personnelles, ciblage publicitaire des personnes...
Et dans l'introduction de la ministre de la santé, elle-même indique qu'il faut « limiter l'exposition aux contenus violents et aux mécanismes d'addiction créés par certaines plateformes ». Ces plateformes, ce sont précisément Google et YouTube, dont le guide fait paradoxalement la promotion sur les 20 pages suivantes.
Ce n’est pas juste ennuyeux, c’est scandaleux. Voilà un sujet grave de santé publique, car de plus en plus de jeunes sont en souffrance, et parfois suicidaires, du fait des algorithmes nocifs, et le gouvernement choisit de traiter cela en offrant un boulevard publicitaire à ceux qui sont à l’origine de ce problème et qui en plus capitalisent dessus !
D’autant plus qu’il existe pourtant des alternatives. La CNIL a développé par exemple FantomApp, une application gratuite, pensée avec et pour les jeunes de 10 à 15 ans, co-construite avec des collégiens, financée par l'Union européenne. Elle propose des outils concrets pour protéger ses données, sécuriser ses comptes sur les réseaux sociaux, réagir face au cyberharcèlement et ne collecte aucune donnée personnelle !
Le 06 avril 2026, j'ai écrit à Madame Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, pour lui demander pourquoi elle accepte de préfacer et de promouvoir un document réalisé par des acteurs privés dont le modèle économique repose sur l'addiction y compris celle des plus jeunes. Pourquoi des structures publiques distribuent ce guide. Et pourquoi ne pas valoriser à la place des outils publics comme FantomApp ?
J'attends encore sa réponse.